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Griedge Mbock : « Gagner un titre avec les Bleues, ce serait fort ! »

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Griedge, il y a un an et demi, le 6 août 2022, tu te blessais gravement au genou contre la Grèce. Comment vas-tu ?
Je me sens bien. Cela fait quelques mois que j’enchaîne les matchs. Je retrouve mes sensations, petit à petit. Je pense que j’ai encore une marge de progression mais je suis sur le bon chemin.

Tu avais déjà connu une première blessure sérieuse (rupture du tendon d’achille, ndlr). D’un point de vue mental, est-ce que ça t’as aidé à gérer l’appréhension que l’on peut avoir lorsqu’on retourne sur le terrain ?
Oui et non. J’avais déjà été blessée, mais le fait que ce soit au talon d’Achille, dans une autre zone, c’était différent. D’un autre côté, j’ai pu réutiliser des outils pour cette blessure, même si ce n’est pas la même région. Jusqu’à maintenant, je n’ai plus trop d’appréhension. J’ai pas mal travaillé pour essayer d’effacer tout ça.

« En équipe de France, tout le monde m’a beaucoup soutenu »

Avant même de signer tes retrouvailles avec les Bleues, on a le sentiment que tu n’as jamais perdu le contact avec la sélection durant cette période ?
Je me suis blessée en sélection et quand j’ai vu les réactions de mes coéquipières, c’était touchant. Je voyais que ça avait vraiment touché tout le monde. Elles m’ont beaucoup, beaucoup soutenu. J’ai été soutenue par le nouveau staff également. J’avais le docteur régulièrement,

Et comment as-tu vécu la nomination d’Hervé Renard, en ton absence de l’Equipe de France ?
Il m’a contacté assez rapidement, avant même de prendre son poste. Il m’a apporté son soutien, il a pris des nouvelles assez régulièrement, et on n’a jamais coupé le contact. Jusqu’à ce que je revienne. Ils m’ont accompagné et très bien accueilli quand je suis arrivé dans le groupe en septembre.

Tu as vibré pour tes coéquipières pendant le Mondial et tu peux maintenant te projeter sur les JO de Paris en 2024, avec le Final Four de la Ligue des Nations entre-temps. C’est une année charnière pour toi ?
C’est vrai que j’ai suivi les joueuses – à la télé car c’était assez compliqué comme ce Mondial se déroulait loin (Australie et Nouvelle-Zélande, ndlr). J’ai vu qu’au sein du groupe, elles avaient créé une forte cohésion, et ça a pu se propager dans tout le staff. Cela a été un bonheur pour moi de pouvoir intégrer ce groupe parce qu’il y a beaucoup de communication, d’échanges. Et puis le staff s’est étoffé aussi. Il y a beaucoup plus de moyens. Et ça va jouer pour les compétitions à venir, c’est sûr. On aura besoin de tous ces outils-là pour être performantes. Il y a les JO, et la Ligue des Nations avant, dont on va se servir pour travailler sur cet événement. Le match contre l’Allemagne sera très important. En plus, ce sera au Groupama Stadium, à domicile pour moi… Ce sont toujours des bons matchs contre l’Allemagne, j’ai hâte. L’objectif, c’est la qualification pour la finale afin de pouvoir se tourner sur les JO.

Tactiquement comme dans l’harmonie de groupe, vous sentez, entre vous, que vous êtes sur la bonne voie pour faire quelque chose de grand dans les mois à venir ?
On y travaille. Depuis qu’Hervé Renard est arrivé, on essaie de créer cette osmose au sein du groupe, de créer une forte cohésion, des liens entre les joueuses mais aussi entre le staff et les joueuses. Je pense que ça s’est ressenti pendant la Coupe du Monde, où j’ai senti que les filles étaient libérées même si elles se sont arrêtées prématurément. Au fur et à mesure des stages, il y a quelque chose qui se crée. Je pense que c’est de bon augure pour les JO. Il faut s’en servir pour cet événement.

« Je n’ai pas envie de finir sans titre en équipe de France »

Tu as 28 ans, une grosse expérience. Tu prends à cœur ton rôle de relais entre les deux générations ?
Complètement. Je suis arrivée en sélection il y a maintenant 11 ans… J’ai plus de facilité à échanger entre les différentes générations. Je m’entends bien avec tout le monde. Le staff compte sur moi parce que je fais partie des cadres. C’est à nous de pouvoir bien intégrer les nouvelles pour qu’elles puissent performer le plus vite possible.

Est-ce qu’une grande victoire avec l’équipe de France serait plus forte qu’une Ligue des champions avec l’OL ?
(Réflexion) Personnellement, j’ai toujours faim de titres… peu importe les titres. On a gagné énormément de titres avec l’OL mais on a toujours faim ! On veut en remporter encore le maximum cette année. Après, c’est vrai qu’une victoire avec l’équipe de France, ce serait beau parce qu’on court après ça depuis des années. Nos aînées n’ont pas eu la chance de pouvoir gagner un titre avec les Bleues donc ce serait fort ! Ce serait significatif aussi. C’est un des objectifs de ma carrière. Je n’ai pas envie de finir sans titre en équipe de France. Mais je ne peux pas mettre un titre au-dessus de l’autre…

« Mes modèles ? Zidane, Messi… Rien à voir avec mon poste ! »

On parlait de ta grosse blessure, c’est un peu comme un « reset », non ? Entre le calendrier très chargé, la pression médiatique qui est plus forte qu’avant dans le foot féminin…
Il y a des moments où je me pose la question. En fait, quand je jouais, j’avais des douleurs par ci, par là, à cause de ma blessure au talon d’Achille notamment. Je me suis sentie fatiguée à un moment donné… Et c’est vrai que cette coupure m’a déjà permis de pouvoir travailler sur tout ce que je ne peux pas travailler en temps normal durant la saison, à cause de l’enchaînement. Mais ça m’a aussi permis de sortir de tout ce monde-là. C’était comme un « reset », oui. Ça m’a apporté une certaine fraîcheur dans le sens où il y avait peut-être un peu de fatigue.

Le grand public ne mesure pas à quel point les athlètes de haut niveau ont besoin de casser cette bulle ?
Non, les gens ne se rendent pas forcément compte. Dans ma situation, j’ai pu voir un peu autre chose, même si ça a été assez long. Le fait de voir ma famille, par exemple, alors que je n’ai pas l’habitude de la voir souvent, ça m’a permis de revenir avec une envie encore plus forte.

Tu as déjà raconté que tu voulais déjà devenir footballeuse quand on t’interrogeait sur le métier que tu voulais faire, petite. Ce n’était pas commun, à cette époque.
Il y avait des petites fiches à remplir pour les enseignants (rires). Ils demandaient le métier qu’on souhaitait faire et c’est ce que j’écrivais toujours, tout simplement. J’ai commencé le foot avec mon grand frère. Il lui fallait un sparring-partner, et j’étais là… Et ça ne m’a jamais lâché. Je n’ai jamais pensé à faire autre chose.

La petite Griedge avait-elle un modèle, aussi, dans son jeu ?
Ce qu’il faut savoir, c’est que quand j’ai commencé le foot, je ne savais pas qu’il y avait une équipe de France féminine. Je voulais aller en équipe de France, je voulais être professionnelle, mais je pensais que c’était avec les garçons. Comme je n’avais jamais vu à la télé d’équipe féminine, pour moi ça n’existait pas. Et plus j’avançais, plus je me suis rendue compte qu’il y avait des détections féminines un peu partout. Ensuite, j’ai connu les sélections régionales, puis la coupe nationale qui a engendré les sélections de jeunes. Et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à comprendre qu’il y avait une équipe de France féminine. Mais avant ça, je n’en avais aucune idée. Donc je n’avais pas forcément de modèle féminin. Par contre, forcément, j’ai grandi avec Zidane, Messi. Ils étaient mes modèles… Rien à voir avec mon poste (rires).

« Ma maman est un exemple, c’est à elle que je voudrais ressembler »

Tu as aussi expliqué que ta maman avait été ta plus grande source d’inspiration. Est-ce que tu peux nous raconter ton lien avec elle ?
Elle a toujours été derrière nous. Elle nous a élevés seule. On est trois, et les trois on fait du foot. Il y a mon petit frère (Hianga’a Mbock, ndlr) qui joue en Ligue 2 à Caen, qui a été prêté par le Stade Brestois ; mon grand frère qui joue aussi à un bon niveau, amateur. Et elle nous a toujours soutenu dans tout ce qu’on voulait faire, même si elle était quand même intransigeante sur les études. Elle voulait que l’on ait au moins un diplôme qui est le bac. Pour moi, c’est une femme forte, indépendante. C’est un exemple pour moi. En tant que femme, c’est à elle que je voudrais ressembler.

Il y a une autre personne qui a joué un rôle important dans ta carrière, c’est Jean-Michel Aulas. Comment tu as vécu son départ ?
Franchement, ça a été dur. Quand j’ai vu la nouvelle, j’ai même lâché quelques larmes… C’est quelqu’un qui est venu me chercher quand j’étais à Guingamp. Je me souviens que nos premiers échanges étaient sur Twitter à l’époque. Il m’avait envoyé un message, en me demandant si ça me plairait de venir jouer dans son club. Forcément, j’ai été très flattée qu’il s’intéresse à moi parce que l’OL était la meilleure équipe féminine au monde. En fait, on a toujours un lien particulier avec le président parce qu’il aime énormément la section féminine. Il nous a toujours accompagné. Il venait à des matchs où il y avait peu de monde au stade. Il se déplaçait beaucoup. Il connaissait énormément de choses sur le foot féminin. C’est quelqu’un qui a toujours cru en son projet et qui continue encore à se battre à la Fédération pour nous. Que dire de plus, à part le remercier ? Il a été là aussi quand je me suis blessé. Il a été si présent. Il m’a envoyé des messages, des petits cadeaux, son soutien… Donc c’est quelqu’un que j’apprécie énormément et qui est dans mon cœur aujourd’hui parce que c’est un grand monsieur, quelqu’un de bien. On n’oubliera jamais tout ce qu’il a fait pour nous.

« Les jeunes filles ont le choix maintenant, c’est une chance »

Quand tu te retournes sur le chemin parcouru, quelle est ta plus grande fierté ?
(Longue réflexion). Je crois que c’est d’en être arrivée là où je suis. Avoir pu vivre de ma passion. Avoir cru en moi. Et surtout pouvoir partager tout ça avec mes coéquipières, ma famille et mes amis..

Quel conseil tu donnerais à une jeune fille passionnée qui veut faire une carrière de footballeuse ?
Croire en ses rêves, tout simplement. Croire en elle, peu importe ce qu’on peut lui dire. Miser sur elle et ne pas se laisser faire, quoique l’on dise. Je pense que les jeunes filles ont énormément de modèles aujourd’hui. Elles ont le choix, maintenant. Et ça, c’est une chance.


Propos recueillis par Jean-Charles Danrée

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